Ayin Aleph | Ayin Aleph I
[Invencis - 2006]


Ce serait un euphémisme que d’affirmer que le monde du Metal a connu
ces dernières années un engouement, parfois difficilement
compréhensible, pour les groupes dits « à chanteuse ».
Cela ne signifie pas les chanteuses étaient, avant cette mode,
totalement absentes du paysage musical métallique, mais elles restaient
tout simplement rares, discrètes, et oserais-je le dire, talentueuses…
Mais suite au succès de groupes comme Theatre Of Tragedy,
Tristania ou The Gathering, des dizaines d’ersatz se sont engouffrés
dans la brèche ouverte par ces pionniers, pour finalement provoquer une
véritable indigestion de groupes toujours plus pompeux, toujours plus
mielleux, toujours moins metal…
Alors quand j’ai vu débarquer cet album d’Ayin Aleph, à la pochette
représentant la dite chanteuse et son décolleté plongeant (mode
malheureuse chez les groupes qui n’ont pas d’autres arguments que la
plastique de leur chanteuse…), la crainte m’a étreint : allais-je
devoir supporter les niaises complaintes d’une chanteuse dont la
platitude n’aurait d’égal que la profondeur de son décolleté ?
Eh bien, dès les première secondes de musique, cette crainte s’est évanouie.
Je rassure donc tout de suite le lecteur : non, Ayin Aleph n’est pas un énième clone de Nightwish, Epica ou Within Temptation !
Car là où la plupart des groupes dits « à chanteuse » se contentent de
reprendre une voix déjà tracée par leurs aînés, Ayin Aleph,
chanteuse/pianiste russe expatriée en France, a pris le parti d’une
voie beaucoup plus originale, déjà explorée avant elle par une petite
poignée de groupes d’exception comme Angizia ou Atrox, c'est-à-dire la
voie d’une musique originale, personnelle et théâtrale…
Sur fond de guitares à la limite du metal et d’un rock suffisamment
lourd pour ne pas sombrer dans le sirupeux (et pour cause, on retrouve
dans le line-up le guitariste de Kill II This, Mark Mynett, le bassiste
de Misanthrope, Jean-Jacques Moréac, et l’ex-batteur de No One Is
Innocent ,Yann Costes), le talent vocal d’Ayin Aleph se déploie comme
sur une scène de théâtre… La voix part dans les aiguës, revient dans
les graves, chuchote, éructe, murmure, déclame, susurre, soupire,
expire… Tous les sentiments humains s’expriment, et l’auditeur se
surprend à se sentir vivre au rythme envoûtant de ce chant.
Mais parce qu’une voix seule ne parvient que rarement à créer un
"tout" qui se suffirait à lui-même, ce feu d’artifice vocal se voit
enveloppé de mélodies de piano (ou plus rarement, de violoncelle ou de
clavecin), qui font en quelque sorte le lien entre la lourdeur de la
section musicale et les extravagances vocales de la chanteuse. Ainsi,
le spectre musical est complet, et l’auditeur peut s’embarquer, sans
regrets, pour un voyage musical aux confins de la folie.
Cependant, on peut regretter que, bien que la musique proposée par
Ayin Aleph soit réellement déjantée, la plupart des titres de l’album
suivent un schéma identique ce qui peut provoquer, sur la longueur, un
certain sentiment de lassitude. Ayin Aleph tient une formule, et n’en
change visiblement pas tout au long de l’album. Ce qui aurait été un
atout sur un album de moins d’une heure, se révèle être un vrai défaut
pour un album qui dure près de 80 minutes…
Alors je ne peux qu’espérer, pour les albums qui ne manqueront pas
de suivre, que toute la folie contenue, et retenue, dans ce premier
opus explose enfin, qu’Ayin Aleph se débarrasse des carcans qui la
cantonnent encore dans un rôle bien défini. Le potentiel est
incontestablement là ; ne reste plus qu’à l’exploiter pour faire d’elle
une chanteuse d’exception.
[Nepenthes]
www.ayinaleph.com
www.myspace.com/ayinalephfrance