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Anaïs Mitchell

Hadestown - a folk opera

[Righteous Babe / Naïve - 2010]

Notation : 2


Anaïs Mitchell a pris le temps d'œuvrer pour cet opéra-rock, reprenant de façon allégorique le mythe d'Orphée, et en a profité pour tenter de rejoindre les protest songs des origines folk. Programme ambitieux, mais d'ambition (dans le joli sens du terme), Anaïs ne manque pas. Evocation politique donc, nos regards se tourneront vers les supercheries financières séculaires et marasme inhérent…. Le tout paradoxalement porté par cette musique américaine pur jus : le folk.

Gageure musicale ou textuelle ? Reconnaissons qu'il arrive au ‘livret' d'être servi par le son, ou soutenu par les voix des interprètes. Compte tenu de la qualité des intervenants ce décalage notoire et étonnant a, par son irrégularité, quelque chose d'agaçant, comme frôlant sa cible.
Voyons un peu : Greg Brown, basse de chez basse (voire un peu trop lors des réponses lyriques ou des soliloques) est Hades ; Justin Vernon (Bon Iver) et son timbre de tête au grand corps (autant que de cœur, d'une douceur enveloppante) est Horpheus ; Ani Difranco est Persephone (son énergie physique colle à priori à la sauvagerie du personnage) ; Ben Knox Miller est Hermes ; puis nous aurons l'occasion d'ouïr The Haden Triplets, impeccables pour les chœurs grecs (Petra, Rachel, Tanya). Anaïs Micthell quant à elle est Eurydice et sa voix pleine d'une espérance pointue colle parfaitement à la situation.

Allons plus loin.
L'orchestration, prenons le mot, est travaillée, sorte de doux mélange sonore créatif frisant de temps à autres le mix entre cabaret et fanfare des beaux arts. Cet assemblage laisse malheureusement les chants se poser avec complaisance pour un enregistrement propre. Peut-être l'acceptation a-t-elle pris fait et cause d'une volonté de produire une pièce cohérente au désordre apparent savamment agencé. Dommage. A trop vouloir, le pouvoir passe.
In fine, ce CD reflète, probablement malgré lui, son agencement. La maturation des textes, des arrangements et des voix, jusqu'à l'aboutissement de cet opus bellement imaginé par une jeune artiste qui, soit dit en passant, témoigne autant de patience que de persévérance (4 ans, c'est dire !) mérite qu'on lui reconnaisse (apparente contradiction) également son originalité.

Oui des mélodies touchantes, il y en a. ‘Wedding song', pour laquelle la voix de baby doll d'Anaïs donne toute la congruence aux folk songs. ‘Eric', calibrée pour la voix de Justin Vernon. ‘Way down Hadestown' vous rappellera probablement King Louis dans le Livre de la Jungle de Disney. Puis progressivement l'écheveau s'échevelle mollement sous les louables intentions de mixages douteux. Malgré quelques percées musicales créatives. Cette inégalité est frustrante.

Je pense avec conviction que ceci tendrait à disparaître pour un opéra live où chacun-chacune donnerait par pure nécessité une énergie maxima qui lierait l'ensemble des pièces en une seule. Parce qu'indubitablement, il y a matière….
Alors que manque-t-il ? La chaleur de l'enfer ? Les gorges, jetant par delà les corps le supposé désarroi contextuel ? Où est le tohubohu de la vie qui laisse battre son sang pour irriguer la fuite ? Est-ce l'enthousiasme américain, obsession vernaculaire, qui « évacue » Hadestown, façon GI lyrique et poète, avec son souhait sempiternel de réaliser l'impossible afin que l'amour toujours triomphe ?

Pour que cela marche il eut fallut préalablement ressentir la descente aux enfers. Oui, Anaïs, l'enfer n'est pas une ville, pas même une chute, pas plus une descente en ville (Hadesdown), non. L'enfer est un monde qui arrache des cris dans lesquels brûle la désespérance ahurie des innocents écartelés entre l'amoralité des fautifs et leur impuissance à la comprendre. Alors pour en sortir….

Comme eut dit Hermès lui-même : Ora et Labora. Ce qui, vu votre pugnacité chère Anaïs, est toujours faisable. Rendez-vous sur scène ?

[Psou]

www.anaismitchell.com

www.myspace.com/anaismitchell

Anaïs Mitchell - Hadestown - a folk opera

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