Papercuts, le webzine qui tranche
Ne tergiversons pas et ôtons un doute sans plus attendre : pour son
nouvel album, Arcade Fire a su relever le défi…pourtant, rien ne
semblait jouer d'avance. Découvert en 2005 et aussitôt intronisé chef
de file de la nouvelle scène indé, le groupe portait sur ses épaules un
sacré fardeau et leurs prestations scéniques impressionnantes ont
montré qu'ils avaient les épaules assez larges pour tenir leur rang.
Poussé par le succès et les ventes mirobolantes de ‘Funeral', la
joyeuse bande de Régine Chassagne et Win Butler finit par signer sur
une major. Sous pression et éreinté par leurs tournées, les membres ont
alors choisi l'exil pour souffler un peu et préparer leur second LP.
Ils ont investi une église comme maison secondaire, la réaménageant
pour l'occasion en studio d'enregistrement. A l'écoute de ‘Neon Bible',
l'influence de cet environnement sur leur travail est considérable en
insufflant une atmosphère presque oppressante. Ainsi est né ‘Neon
Bible', suite logique à leur Funeral où l'on reste dans le funèbre sans
sombrer dans le funeste.
Démesuré et ambitieux, cet album divisera certainement. Curieusement,
on retrouve les mêmes maladresses de leur précédent effort qui, au
contraire de se gommer, s'accentuent : bienvenue dans le maniérisme et
la grandiloquence ! Voilà pour le négatif, et l'on regrette que leur
maxime « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué »
s'applique à nouveau tel un métronome. Surtout quand les meilleurs
titres sont ceux dont les arrangements sont le moins pompiers. Ainsi en
va t'il de l'excellent ‘Keep The Car Running' ou du limpide ‘Ocean Of
Noise'. On sort aussi transcendé par un ‘Antichrist Television Blues'
bien malin.
Si on espérait plus de prise de risque de la part des Canadiens, ils possèdent toujours ce talent de composer des fins de morceaux épiques et de mettre dans une seule chanson (‘Black Wave/Bad Vibrations' en est une parfaite illustration) autant d'idées là où la plupart d'autres groupes se contenteraient d'en décliner la recette sur un album complet. On ne leur fera pas le reproche d'être paresseux ou de faire dans la facilité et Win Butler possède toujours sa qualité d'écriture. Il y a aussi des surprises, comme la réorchestration magnifique de ‘No Cars Go' (chanson figurant sur leur EP) : on tient jusqu'ici, le meilleur titre de la troupe.
Reste que le coté un peu gothique de ‘Neon Bible' avec un orgue trop présent, noie des titres qui aurait pu être véritablement magiques (‘Black Mirror', ‘Intervention', ‘My Body Is A Cage'). Néanmoins, cette surcharge d'arrangement est inhérent au groupe lui-même (rappelons qu'ils sont sept membres), alors comment leur en vouloir… Et puis ‘Neon Bible' gagnera a être redécouvert sur scène afin d'apprécier les admirables compositions, sans fioritures.
Alors, oui, écouter ‘Neon Bible' procurera à certains une poussée d'urticaire. Pour eux, il sera juste bon à servir de fond sonore à des prédicateurs tant on frôle par moment un climat d'apocalypse digne des shows évangéliques. C'est le genre de disque qu'on adore ou déteste selon l'humeur. C'est là, la différence majeure avec ‘Funeral', ‘Neon Bible' ne laisse pas beaucoup de place à l'évasion et à la rêverie car il est plus cohérent dans son ambiance global : sombre et ténébreux.
Au final, ‘Neon Bible' brille par son talent et pêche par ses excès. L'orgue(il), pêché capital d'Arcade Fire ? Pas si grave, seuls les envieux prêcheront en leur défaveur : on appelle aussi ça de la mauvaise foi.
[Kyelain]









