Papercuts, le webzine qui tranche
Il est des albums humides et froids. Des albums où il fait nuit. Immensément. Celui-ci apporte l'inquiétude, une sueur morte. Il évoque une séquestration dans un lieu solitaire.
L'ouverture mêle une rumeur étrange et sourde aux coups, bien nets, d'une pelle dans la neige. Un violon délivre plus tard ses arabesques, accompagné. Cela est beau et fascinant. Quelques accords au piano, comme dépossédés d'eux-mêmes. Mais cette tension subsiste, intense. Elle vous emporte dans des souvenirs terribles, des choses vues dans un film, lors de ces moments où l'identification avec le personnage se fait troublante et aveugle, lorsque vous comprenez sa peur dans votre chair, et que tout vous indique qu'il va bientôt mourir.
Plus tard des cris étouffés. Il y a cette dimension horrible, gênante. On reste pourtant, comme ensorcelé. Cette musique, minimale, court au sol telle une brume entre les arbres. Elle porte une angoisse qui enveloppe, qui entraîne. Presque confortable. Même si cela grince dans cet autre monde, il y a ces accalmies, tout en retrait dans l'abandon.
Se renseigner. L'inspiration : une expédition tragique, en Antarctique, il y a cent ans environ, on ne sait plus. Le capitaine Scott et son escouade, huit mois plus tard retrouvés momifiés dans la glace.
Une totale réussite. L'esprit touche le lointain, le blizzard, la solitude. La fin prochaine, inéluctable. Les silhouettes avancent dans la nuit, se dépouillent de leur passé, avancent vers la mort. Quelques touches, quelques lueurs. Tout se dessine en nuances de gris. S'écroule, rampe. S'éteint.
[Clémence]









