Papercuts, le webzine qui tranche
Il fait noir. Chloé, 13 ans, reprend
lentement conscience. Pourquoi donc l'a-t-on enfermée dans une cave
obscure ? Valentine, sa compagne de séquestration, plus âgée et plus
mûre, va l'accompagner dans sa compréhension du sort qui l'attend… elle
va surtout lui fournir les armes indispensables pour maintenir le
désespoir à distance…
Dans le cadre du cycle intitulé ‘Des prisons et des hommes', le Théâtre
du Nord-Ouest propose une pièce singulière : ‘La Cave'. Cette pièce de
théâtre repose sur un parti-pris assez risqué – plonger le spectateur
une heure dans l'obscurité la plus complète – mais qui s'explique par le
fait que la scénariste et metteuse en scène, Caroline de Kergariou,
choisit d'immerger son spectateur au plus près de la situation des deux
protagonistes.
Mais cette proximité ne s'exprimera donc pas par la vision. La pulsion
scopique du spectateur ne peut jamais être assouvie ; on « voit » la
pièce sans jamais faire intervenir un des sens auquel on se fit le plus :
la vue.
La mise en scène repose alors uniquement sur le son. Et c'est en cela
qu'on regrettera que le travail sur celui-ci n'ait pas été plus
développé : les textes sont assez inégaux – on se serait facilement
passé du laïus sur le « vélo rouge » – et l'illustration sonore réduite à
son minimum syndical n'est en rien transcendante. Le fait d'avoir
complètement annihilé un sens aurait pu permettre de démultiplier le
pouvoir suggestif du son, mais il n'en est rien. D'ailleurs, bizarrement
c'est un son non voulu qui, dès le début de la pièce, laissait
entrevoir ce que le son aurait pu apporter comme valeur ajoutée : les
pas des spectateurs de la salle du dessus qui se remplissait.
Ainsi, ‘La Cave' part d'une bonne idée, qui ne semble pas assez
exploitée. On a d'ailleurs parfois l'impression d'écouter une œuvre
radiophonique (la première version de la pièce). Ce manque de travail
sur la spécificité théâtrale fait que l'adaptation ne propose pas grand
chose de plus, du fait peut être d'un manque de moyen ou d'imagination.
Cependant, il faut souligner que la pièce est une réussite dans la
mesure où elle ne cède jamais au misérabilisme et au « sensationnel »,
écueil qui pouvait arriver très vite au vu du pitch de la pièce. De
plus, si parfois la voix de Macha Kouznetsova (alias Chloé) n'est pas
très crédible (du fait surement de l'exagération de la voix d'enfant),
on notera la très bonne performance de sa partenaire, Valentine, qui
apporte beaucoup à la qualité de la pièce.
Ainsi, malgré les réserves émises plus haut, l'expérience de ‘La Cave'
est quand même intéressante : on passe un bon moment et l'essai d'une
forme théâtrale assez novatrice ravira tout spectateur un tant soit peu
curieux. Enfin, le lieu est remarquable : il ne faut pas manquer cette
occasion de (re)découvrir le Théâtre du Nord Ouest dont le cadre et
surtout ses fauteuils chaleureux qui vous attendent dans le hall créent
une véritable convivialité.
A noter : la pièce ne sera jouée plus que deux fois ; alors si vous
souhaitez vous retrouver enfermés dans ‘La Cave', dépêchez-vous !
Deux dernières dates : les samedis 5 et
12 juin à 19h00
Théâtre du Nord Ouest – 13 rue du faubourg Montmartre 75009 Paris –
Métro : Grands Boulevards
[Rosine]









