Papercuts, le webzine qui tranche
Le projet est de Jérôme Sans, ex-fondateur et directeur du Palais de
Tokyo et actuellement directeur de l'Ullens Center for Contemporary Art
de Pékin, un projet qui ne saurait que ravir tout passionné de la scène
pop-rock des trente dernières années et d'art contemporain.
Vingt musiciens présentent leurs œuvres plastiques, tous ressortissants des Beaux-Arts : Patti Smith, Brian Eno, Yoko Ono, Devendra Banhart, Bianca Casady (Cocorosie), Nick Zinner (Yeah Yeah Yeahs), Pete Doherty (The Libertines, Babyshamble), The Residents, Fischerspooner, Antony (and the Johnsons) ainsi que d'autres noms susceptibles d'interpeller enthousiasme et curiosité.
Depuis cinq mois, le BOZAR s'y préparait, en collaboration avec le festival Werchter qui allumera ses feux le 5 juillet.
Le fan y entre comme dans un temple, passant d'un univers à l'autre, savourant les particularités de chacun de ces artistes pour qui la création visuelle est un pendant essentiel à la carrière musicale. Beaucoup exposent régulièrement, et présentent ici une œuvre peut-être moins connue mais qui mérite de l'être.
Dessin, collage, performance, photographie, peinture et installations diverses, les modes d'expression sont multiples. Un catalogue raisonné de l'exposition, bien que mince, apporte de plus amples informations à grand renfort d'interviews essentielles afin de saisir les nuances de la démarche.
Miss Kittin et son verbe incendiaire sur ses fresques dessinées, The Kills et son mur de polaroïds définitivement rock'n'roll, Yoko Ono et son message de paix (fil conducteur de l'intégralité de sa carrière artistique) faisant croître des arbustes dans des caisses en bois évoquant des cercueils.
Ou encore la démarche inoubliable de Kembra Pfahler (The Voluptuous Horror of Karen Black) ne reculant pas devant la nudité multicolore pour exprimer son propos. Une esthétique métal gothique bousculant la décence en matière de sexe et obéissant à sa philosophie de l' « availabilism » , selon laquelle la créativité repose sur le minimum de moyens. On se souvient également de ses Sits-In (action de s'asseoir dans la peinture pour ensuite multiplier les empreintes sur papier), rappelant les Anthropométries d'Yves Klein.
On découvre le projet de Riceboy Sleeps, duo formé par Jónsi Birgisson (chanteur de Sigur Rós) et Alex Somers (Parachutes). Une union créatrice de musique ambient et minimaliste mais surtout de lithographies et collages de photographies anciennes mêlées à la peinture. Un univers des plus séduisants par sa poésie et sa délicatesse.
Et ainsi parcourir les salles. On retiendra notamment la mélancolie des clichés argentiques de Patti Smith, souvenirs de lieux visités lors de tournées : la machine à écrire d'Hermann Hesse, le lit de Virginia Woolf ou encore, plus intime considérant son amitié avec le photographe, le tambourin fabriqué par Robert Mapplethorpe. La chanteuse partage son émotion par l'usage du flou, immortalisant l'aura de ces objets ayant touché sa sensibilité.
Bianca Casady retranscrit son univers onirique, peuplant la salle lui étant consacrée de mannequins aux érections boisées et laineuses, faisant courir une jardinière garnie de blancs rosiers le long du mur qu'elle couvre de collages arc en ciel et de lettre découpées dans des photographies. Des casques aux oreilles bouclées diffusent des montages de suites de mots proférés à toute vitesse. Les yeux s'égarent dans ces vestiges de chambre de petite fille ou la moindre peluche concourt à un détournement.
Obscurité hantée de faibles lueurs. Nous entrons ensuite chez Brian Eno. Peinture de lumière psychédélique et cosmique évoluant tranquillement au fil du temps. On s'installe dans un canapé tandis que sa musique minimale envahit l'espace, berce le regard qui s'émerveille de la forêt traversée et des tas de sable colorés par les faisceaux des spots.
Enfin, le pincement au cœur. Pete Doherty et son rêve défunt. Sobres dessins où le sang se fait peinture, la seringue signature. Objets trouvés et collages. On peut entrer intrigué dans cette salle et y déambuler profondément troublé. Quelque chose fait véritablement mal à la vue de ses toiles.
Pour en revenir à des considérations d'ordre plus général, on peut regretter un certain manque de clarté quand à l'élaboration de la scénographie. Les mondes sont si bien clos que l'on peut aisément louper une pièce. Je partais ainsi sans connaître l'œuvre de Laurie Anderson.
Je ne saurais que trop vous conseiller cependant cette visite propre à enflammer l'enthousiasme. Il devient presque automatique de donner vie à quelques disques au retour, sorte d'écho au visuel, écoute enrichie d'une compréhension nouvelle.
Vingt musiciens présentent leurs œuvres plastiques, tous ressortissants des Beaux-Arts : Patti Smith, Brian Eno, Yoko Ono, Devendra Banhart, Bianca Casady (Cocorosie), Nick Zinner (Yeah Yeah Yeahs), Pete Doherty (The Libertines, Babyshamble), The Residents, Fischerspooner, Antony (and the Johnsons) ainsi que d'autres noms susceptibles d'interpeller enthousiasme et curiosité.
Depuis cinq mois, le BOZAR s'y préparait, en collaboration avec le festival Werchter qui allumera ses feux le 5 juillet.
Le fan y entre comme dans un temple, passant d'un univers à l'autre, savourant les particularités de chacun de ces artistes pour qui la création visuelle est un pendant essentiel à la carrière musicale. Beaucoup exposent régulièrement, et présentent ici une œuvre peut-être moins connue mais qui mérite de l'être.
Dessin, collage, performance, photographie, peinture et installations diverses, les modes d'expression sont multiples. Un catalogue raisonné de l'exposition, bien que mince, apporte de plus amples informations à grand renfort d'interviews essentielles afin de saisir les nuances de la démarche.
Miss Kittin et son verbe incendiaire sur ses fresques dessinées, The Kills et son mur de polaroïds définitivement rock'n'roll, Yoko Ono et son message de paix (fil conducteur de l'intégralité de sa carrière artistique) faisant croître des arbustes dans des caisses en bois évoquant des cercueils.
Ou encore la démarche inoubliable de Kembra Pfahler (The Voluptuous Horror of Karen Black) ne reculant pas devant la nudité multicolore pour exprimer son propos. Une esthétique métal gothique bousculant la décence en matière de sexe et obéissant à sa philosophie de l' « availabilism » , selon laquelle la créativité repose sur le minimum de moyens. On se souvient également de ses Sits-In (action de s'asseoir dans la peinture pour ensuite multiplier les empreintes sur papier), rappelant les Anthropométries d'Yves Klein.
On découvre le projet de Riceboy Sleeps, duo formé par Jónsi Birgisson (chanteur de Sigur Rós) et Alex Somers (Parachutes). Une union créatrice de musique ambient et minimaliste mais surtout de lithographies et collages de photographies anciennes mêlées à la peinture. Un univers des plus séduisants par sa poésie et sa délicatesse.
Et ainsi parcourir les salles. On retiendra notamment la mélancolie des clichés argentiques de Patti Smith, souvenirs de lieux visités lors de tournées : la machine à écrire d'Hermann Hesse, le lit de Virginia Woolf ou encore, plus intime considérant son amitié avec le photographe, le tambourin fabriqué par Robert Mapplethorpe. La chanteuse partage son émotion par l'usage du flou, immortalisant l'aura de ces objets ayant touché sa sensibilité.
Bianca Casady retranscrit son univers onirique, peuplant la salle lui étant consacrée de mannequins aux érections boisées et laineuses, faisant courir une jardinière garnie de blancs rosiers le long du mur qu'elle couvre de collages arc en ciel et de lettre découpées dans des photographies. Des casques aux oreilles bouclées diffusent des montages de suites de mots proférés à toute vitesse. Les yeux s'égarent dans ces vestiges de chambre de petite fille ou la moindre peluche concourt à un détournement.
Obscurité hantée de faibles lueurs. Nous entrons ensuite chez Brian Eno. Peinture de lumière psychédélique et cosmique évoluant tranquillement au fil du temps. On s'installe dans un canapé tandis que sa musique minimale envahit l'espace, berce le regard qui s'émerveille de la forêt traversée et des tas de sable colorés par les faisceaux des spots.
Enfin, le pincement au cœur. Pete Doherty et son rêve défunt. Sobres dessins où le sang se fait peinture, la seringue signature. Objets trouvés et collages. On peut entrer intrigué dans cette salle et y déambuler profondément troublé. Quelque chose fait véritablement mal à la vue de ses toiles.
Pour en revenir à des considérations d'ordre plus général, on peut regretter un certain manque de clarté quand à l'élaboration de la scénographie. Les mondes sont si bien clos que l'on peut aisément louper une pièce. Je partais ainsi sans connaître l'œuvre de Laurie Anderson.
Je ne saurais que trop vous conseiller cependant cette visite propre à enflammer l'enthousiasme. Il devient presque automatique de donner vie à quelques disques au retour, sorte d'écho au visuel, écoute enrichie d'une compréhension nouvelle.
[Clémence]









