Papercuts, le webzine qui tranche
Saviez vous que la langue des signes est « langue officielle » en France ?
Enfant de parents sourds, la metteuse en scène s'est brillamment emparée du possible créatif artistique que renferme ce moyen d'expression d'ordinaire délaissé par les artistes et méconnu du public.
Au squat de la rue de Rivoli, dans une salle plus qu'intimiste, pour ne pas dire minimaliste, un parterre de sourds et d'entendants s'est donc pris en pleine tronche une oeuvre en trois actes, aussi incisifs que leur caustique réalisatrice.
Trois actes, trois portraits donc, trois femmes contant leurs histoires oscillant entre tragique (le plus souvent) et félicité. Senza Forma évacue l'oralité : les actrices se tordent de douleur, chuintent, crachent, pleurent, vomissent, mais en aucun cas un son articulé ne sort de leurs gorges écorchées (âmes sensibles, évitez le premier rang !). Le discours devient donc corporel, gestuelle symbolique ; la parole devient chair. Mais une chair boursouflée, malade, meurtrie par l'impossibilité de nous communiquer autre chose que de l'effroi ou de la pitié.
Car même si on arrive à être ému par le premier tableau, les suivants ne sont que redite et surenchère gratuite de cris, de douleur exhibée, pâlement entrecoupée par de vague reflets ressemblant au bonheur. Du coup la pièce devient longue, mais longue ! A trop jouer dans l'extrême, le paroxysme devient indécelable : l'oeil et l'oreille s'habituent à tout, trop de cris tuent le cri, et tutti quanti…
Autre regret ; celui de constater la regrettable tendance des metteurs en scène à ne s'adresser en définitive qu'a leur pairs, faisant ainsi le détestable jeu du communautarisme ambiant. Et là il y a danger, car en définitive ne risque t'on pas de voir apparaître une scène gay pour les gays, une scène juive pour les juifs, une scène beurre pour les beurres, une scène de gauchers contrariés pour les gauchers contrariés (dont seront exclus les méchants droitiers despotes) ? A force de pratiquer l'endogamie masturbatoire, le voisin a une fâcheuse tendance à devenir minable, ignorant de MA culture, qui de toute façon, cela va sans dire, est la seule valable. Et ça c'est à l'opposé de la mission d'artiste.
Ceci dit, la difficulté de saisir le message que Sabrina Dalleau a voulu nous délivrer ici vient moins du fait d'un quelconque ethnocentrisme que du fait des outils manipulés (j'ai appris en discutant avec une des comédiennes que certains gestes avaient été inventés par la metteuse en scène). Un message n'étant véritablement valable que lorsqu'il est compris par le récepteur, il aurait peut être fallu penser à distribuer un lexique à l'entrée…
On gardera donc de « Senza Forma » un sentiment mitigé, entre hermétisme forcené, émotion directe, et poésie à fleur de peau.
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