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Véronique Branquinho

Moi, VERONIQUE BRANQUINHO Toute Nue

[Musée de la Mode d'Anvers (MoMu) - 2008]

Notation : 5

Anvers ne peut laisser indifférent. Parcourue de bicyclettes, elle présente une architecture absolument charmante, une sérénité qui invite à rester un moment au soleil attablé à une terrasse, laisser voguer le regard et…tout de même remarquer que la population s'habille particulièrement bien.
Les styles, cohérents et personnels se côtoient, les uniformes suggérés avec plus ou moins de force par le règne de la mode du moment se font plus épars.
Pas désagréable.

Anvers et ses boutiques de stylistes, Anvers, oui, capitale belge de la haute-couture.
Croisant ici et là des étudiants en ce domaine ( oserait-on en douter au vu de ces trésors de recherche du chef aux souliers ?), nous entrons donc au MoMu, aka, le Musée de la Mode.

Hop, un tour en premier lieu dans une petite galerie qui éveille un tas d'interrogations. Nous y regardons le travail d'un étudiant justement, un étudiant qui a imaginé les canons esthétiques d'une humanité parallèle. Retour en arrière et à grande vitesse dans l'histoire du monde, à quoi aurions-nous ressemblé, heureux bipèdes, si ce bazar de molécules avait présenté quelques modifications ? Crazyssimo est le nom de la collection qui se met au service de ce que nous aurions pu être : une tête ramassée dans les épaules, l'arrière-train su le ventre, une joyeuse confusion des genres comme norme. Oui, les hommes portent moustache et talons, se parent de manteaux à la coupe inhabituelle (le moins qu'on puisse dire), de tutus cosmiques…
Les femmes, quant à elles, optent pour des matières évoquant le cyclisme professionnel, se font prêtresses intergalactiques porteuses de casque. Quelques part, on pense à « V », vous savez, cette série TV un peu moche…

Cet échantillonnage de peuple en marge s'accompagne de quelques animaux empaillés, histoire d'en rajouter une couche question esthétique discutable…Les discussions vont bon train, la démarche intrigue, fascine, on veut en savoir plus. Le tout est de savoir si Andrea Cammarosano parle aussi anglais, le néerlandais, enfin, voyez, j'ai encore du boulot…

Bref, après cette mise en bouche, nous montons l'escalier (génialement design), et là, on sautille de surprise, la rétrospective de Véronique Branquinho est toujours en place. Il n'était pas trop tard, joie, et nous nous en prîmes plein les mirettes.

Avant de vous expliquer dans le détail la scénographie, enthousiasmante et fabuleuse, que nous avons traversée plus qu'enchantées, je me dois de présenter brièvement la dame en question.

Un démarrage de carrière en fanfare, une première collection présentée en 1998, deux ans après la fin de ses études dans la section mode de l'Académie Royale des beaux-Arts d'Anvers. New York la récompense de suite d'un prestigieux VH1 Fashion Award. C'est fou, c'est parti, une boutique s'ouvre et une belle relation de confiance s'établit entre la styliste et sa clientèle.

Depuis dix ans, Véronique Branquinho fonctionne en dehors du circuit, elle a décidé de ne pas assommer la femme de stéréotypes, lui épargne donc les héroïnes et la veut épanouie sur ses talons. Confort est le maître mot, suivi ex æquo peut-être de Fluidité. Masculin et féminin s'unissent dans un paysage de tweed anglais et de soie mêlés. Pantalons à la coupe sobre et élégante, éminemment virile, mais le top, léger, arachnéen ou satiné apporte une douceur qui donne une certaine nonchalance à l'ensemble.

Femme volontaire et fragile, mais aussi femme qui se cache et suggère. Du mystère, donc, sous la cape rappelant une Belle de Cocteau, mais en tulle s'il vous plait. Le col roulé fait légion et la jupe s'en va traîner à terre. Manque d'érotisme ? Vous n'avez rien compris, il s'agit de suggestion, l'évidence manque d'éblouir, mais c'est un peu vrai. Si vous avez l'occasion de jeter un œil sur un de ses défilés, lorsque la laine s'étire langoureusement en corolle sur une poitrine effleurée, et que la robe de satin suit le mouvement d'une jambe fébrile, on ne saurait nier le pouvoir d'une pareille esthétique.

Et puis Véronique Branquinho est une romantique. Les forêts, l'œuvre des sœurs Brontë…et les vieux bolides qui ont du chien et qui l'emportent à toute vitesse. En témoigne une vision surprenante derrière un rideau…j'en viens enfin à l'univers de cette exposition.

L'univers oui, car elle se met en effet toute nue, l'étoffe n'étant pas l'unique objet de la promenade. Des musiques, des images, des réminiscences, elle décide de partager ce qu'elle aime avec le visiteur.
Certains se souviendront peut-être du défilé Automne - Hiver 2004-2005, un hommage à Twin Peaks la série que l'on ne présente plus ; lourds rideaux rouges, carrelage en damier. Une salle retranscrit ce souvenir et n'abrite qu'un juke box inquiétant et gueulard.

On trouve ça et là un mur d'écrans de télévisions passant en boucle des extraits de films illustrant des actrices admirées, l'oreille se réjouit d'entendre « The Man with a Child in his Eyes » de Kate Bush, de grands fauteuils en osier qui servirent de décor à un défilé et dans lesquels nous pouvons nous installer, un casque nous offrant musique raffinée et visuel à nos pieds.

D'un rideau à l'autre, passer de l'obscurité à la lumière, du mystère à la pureté. Une forêt au sol de gravier, des escarpins pendus aux branches, une paire de bottes qui fait rêver, et tout d'un coup ce couloir. Une femme court entre les arbres, souffle et halète, projetée sur les deux murs. L'effet est saisissant, on s'assoit, on contemple. Ailleurs, une douce voix masculine vous parle dans un autre casque, en néerlandais, et l'on se dit que décidément, cette langue peut avoir quelque chose de troublant.

Puis les mains écartent des rideaux de perles dans une lumière éblouissante après cette succession de pas dans le clair-obscur. Les tenues s'égaient, l'œil les admire, et l'on part un peu plus loin, derrière un gros rideau de tweed. Et là…tout simplement une Porsche vieux modèle entièrement couverte de la matière déjà citée. Les yeux tout ronds, un grand sourire.

Je m'arrête ici, et conseille à tous ceux que cette expérience pourrait intéresser de venir la vivre à leur tour. La mode, personnellement, ne m'a jamais intriguée outre mesure, l'art me suffisait dans ses autres manifestations plastiques. On peut dire qu'il s'est passé quelque chose de nouveau, et, lorsque je repars avec le catalogue de l'exposition, ce n'est pas anodin…

Du 12.03.2008 au 17.08.2008

[Clémence]

www.veronique branquinho.com

www.momu.be

Véronique Branquinho - Moi, VERONIQUE BRANQUINHO Toute Nue

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